Le chercheur Gilbert Achcar qualifie le slogan « America first » de Donald Trump d’affirmation de domination mondiale, notamment au Moyen‑Orient. Il défend un anti‑impérialisme fondé sur le droit à l’autodétermination, loin d’un repli sur soi.
Gilbert Achcar, chercheur franco‑libanais, estime que le slogan « America first » de Donald Trump ne traduit pas un simple repli national, mais une volonté d’affirmer la domination américaine à l’échelle mondiale, notamment au Moyen‑Orient.
Le mécanisme
Selon Achcar, l’expression « America first » doit être comprise comme une revendication de suprématie plutôt que comme une politique d’isolation. Il souligne que le président américain poursuit une politique de domination au Moyen‑Orient, ce qui se traduit par un renforcement des bases militaires, des accords bilatéraux favorisant les intérêts des États-Unis et le soutien à des régimes alignés sur Washington. Cette stratégie, loin d’être un retrait, consiste à imposer les priorités américaines sur les décisions locales, en conditionnant l’aide et les partenariats à la conformité avec les objectifs de Washington.
L’antithèse proposée par Achcar repose sur une vision anti‑impérialiste qui place le droit des peuples à l’autodétermination au cœur de la réflexion géopolitique. Il argue que la légitimité d’une puissance ne doit pas reposer sur la capacité à contraindre d’autres États, mais sur le respect de leurs choix souverains. Cette position s’oppose à la logique de domination décrite comme le véritable sens du slogan de Trump, et propose un modèle où les relations internationales seraient guidées par le consentement mutuel plutôt que par la coercition.
En pratique, le mécanisme de domination s’appuie sur plusieurs leviers : la diplomatie coercitive, les sanctions économiques ciblées, et le recours à la force militaire lorsque les intérêts américains sont perçus comme menacés. Achcar indique que ces outils sont mobilisés de façon systématique dans la région du Golfe, où les États-Unis cherchent à contrôler les flux d’énergie et à neutraliser les mouvements contestataires. Le chercheur rappelle que, selon les sources, le discours de Trump renforce cette dynamique en présentant les interventions comme une protection des valeurs occidentales, tout en masquant les motivations géostratégiques sous le couvert d’une prétendue défense des intérêts nationaux.
Les enjeux
Le premier enjeu réside dans la stabilité du Moyen‑Orient. La politique de domination décrite par Achcar alimente les tensions entre les puissances régionales, notamment l’Iran, l’Arabie saoudite et la Turquie, chaque acteur cherchant à contrer l’influence américaine. Cette rivalité se traduit par une multiplication des conflits par procuration, où les populations civiles supportent le poids des stratégies extérieures. Ainsi, la poursuite d’une domination américaine risque d’accentuer les crises humanitaires et de prolonger les cycles de violence.
Un second enjeu concerne la crédibilité du droit international. En affirmant que « America first » est une forme de domination, Achcar met en lumière le risque d’érosion du principe de souveraineté des États. Si les grandes puissances justifient leurs interventions par des discours nationalistes, les mécanismes de règlement pacifique des différends peuvent être marginalisés, affaiblissant les institutions comme l’ONU. Cette dynamique pourrait encourager d’autres pays à adopter des politiques similaires, déclenchant une vague de nationalismes agressifs qui remettrait en cause l’ordre multilatéral établi après la Seconde Guerre mondiale.
Enfin, le débat sur l’anti‑impérialisme a des répercussions sur les mouvements sociaux et les acteurs de la société civile. L’appel d’Achcar à un anti‑impérialisme fondé sur le droit à l’autodétermination offre un cadre de mobilisation pour les organisations qui s’opposent aux interventions extérieures. Cette perspective peut renforcer les alliances transnationales entre groupes progressistes, tout en confrontant les gouvernements qui soutiennent les politiques de domination. Le contraste entre ces deux visions alimente un débat public crucial sur la manière dont les nations devraient interagir dans un monde de plus en plus interconnecté.
Les perspectives
À moyen terme, Achcar prévoit que la rhétorique « America first » continuera de façonner les relations internationales, à moins que les États-Unis ne révisent leur approche stratégique. Il suggère que la pression exercée par les mouvements anti‑impérialistes, combinée à la fatigue des populations locales face aux conflits, pourrait contraindre Washington à adopter une politique plus collaborative. Selon les sources, les discussions diplomatiques au sein de forums comme le G20 ou l’Assemblée générale de l’ONU pourraient devenir des espaces de contestation où les arguments d’autodétermination seront davantage mis en avant.
Parallèlement, les acteurs régionaux du Moyen‑Orient pourraient chercher à diversifier leurs alliances, en se tournant vers la Chine, la Russie ou des organisations régionales pour réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis. Cette réorientation pourrait modifier l’équilibre des pouvoirs et créer de nouvelles configurations géopolitiques, où la domination unilatérale américaine serait moins assurée. Achcar souligne que le succès de ces stratégies dépendra de la capacité des pays à construire des institutions de coopération solide, capables de garantir la sécurité collective sans recourir à la coercition.
En conclusion, le discours de Gilbert Achcar offre une lecture critique du slogan « America first », le requalifiant en affirmation de domination plutôt qu’en simple repli. Cette analyse met en évidence les mécanismes de pouvoir, les enjeux géopolitiques et les perspectives d’évolution d’une politique qui, si elle persiste, risque de remodeler durablement les rapports de force au Moyen‑Orient et au-delà.
Cet article vous a-t-il été utile ?