Le procès de cinq hommes, dont un cadre de la DZ Mafia, s’ouvre à la cour d’assises spéciale des Bouches‑du‑Rhône. L’un d’eux aurait commandité un triple meurtre depuis Dubaï, ravivant le débat sur la ville comme planque pour le trafic de drogue. Selon BFMTV, l’affaire touche directement le frère d’un militant antidrogue marseillais.
Le lundi 19 octobre, la cour d’assises spéciale des Bouches‑du‑Rhône a ouvert un procès très suivi, portant sur cinq hommes accusés d’un triple assassinat perpétré à la fin de l’année 2020. L’affaire lie directement la mafia italienne, la DZ Mafia, à des réseaux de narcotrafic opérant depuis la Méditerranée. Selon BFMTV, l’un des prévenus aurait commandité les meurtres depuis Dubaï, soulevant la question de la ville comme possible planque pour les trafiquants.
Le procès des accusés liés à la DZ Mafia à Marseille
Les cinq mis en examen comprennent un cadre présumé de la DZ Mafia, organisation criminelle d’origine sicilienne, ainsi que quatre complices dont les identités restent partiellement confidentielles. Le tribunal spécial a été constitué spécialement pour juger ce dossier, qui porte sur un triple homicide commis fin 2020 dans le quartier de la Belle de Mai à Marseille. Les victimes, toutes liées à un même cercle familial, ont été abattues de manière préméditée, selon le parquet, dans le cadre d’un différend lié au trafic de stupéfiants.
Parmi les victimes, Brahim C. occupe une place centrale : il était le demi‑frère d’Amine Kessaci, militant antidrogue reconnu et adjoint au maire de Marseille chargé de la lutte contre les trafics. Après le meurtre de son demi‑frère, Kessaci a intensifié son engagement public contre le narcotrafic, dénonçant notamment les réseaux qui infiltrent les quartiers populaires. Le procureur a souligné que le mobile du triple assassinat était lié à une tentative d’intimidation visant à affaiblir la mobilisation anti‑drogue locale.
Le déroulement du procès se caractérise par la présentation de preuves techniques, dont des relevés téléphoniques et des échanges de messageries électroniques, qui indiqueraient que les ordres auraient été transmis depuis Dubaï. La défense, pour sa part, conteste la chaîne de commandement et invoque l’absence de liens directs entre les accusés et la planque supposée. Le verdict, attendu à l’issue de plusieurs semaines d’audiences, pourrait entraîner des peines de réclusion criminelle à perpétuité, conformément aux dispositions légales applicables aux meurtres aggravés.
Dubai : une planque toujours prisée par les narcotrafiquants
Dubaï jouit depuis longtemps d’une réputation de destination attractive pour les individus recherchant à échapper aux autorités judiciaires, grâce à une combinaison de fiscalité avantageuse, de services financiers peu transparents et d’une législation sur l’expulsion parfois jugée laxiste. Des enquêtes antérieures ont déjà mis en lumière le recours de certains réseaux de drogue à la ville comme point de transit ou de commandement, profitant de la proximité géographique avec le Moyen‑Orient et l’Afrique du Nord. Selon les sources, la capacité de Dubaï à offrir un cadre de vie luxueux tout en maintenant une relative discrétion a souvent été exploitée par des organisations criminelles internationales.
Les évolutions géopolitiques récentes, notamment le renforcement des pressions américaines sur les Émirats arabes unis en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, ont conduit le gouvernement de Dubaï à mettre en place des réformes législatives destinées à améliorer la coopération judiciaire. Cependant, selon les sources, ces mesures n’ont pas encore éliminé totalement le phénomène de planque, car les réseaux s’adaptent rapidement en utilisant des structures offshore et des canaux de communication chiffrés. La question de savoir si Dubaï demeure une « planque dorée » reste donc ouverte, le procès de Marseille offrant un exemple concret de la persistance de ce mode opératoire.
Par ailleurs, les experts en sécurité évoquent le rôle de la ville comme hub logistique, facilitant le transport de stupéfiants depuis l’Afghanistan ou la Corée du Sud vers l’Europe via des corridors maritimes et aériens. Cette position stratégique, combinée à une capacité d’accueil de résidences de haut standing, crée un environnement propice aux commanditaires qui souhaitent diriger des opérations à distance, comme le suggère le cas du suspect présumé ayant donné les ordres depuis Dubaï. Les autorités françaises surveillent de près ces dynamiques afin d’ajuster leurs stratégies de lutte transfrontalière.
Réactions officielles et suites judiciaires
Le maire de Marseille, qui collabore étroitement avec le député chargé de la lutte contre les trafics, a déclaré que le procès constituait « un moment décisif » pour montrer que la ville ne tolérera pas les menaces pesant sur les acteurs de la société civile. Les services de police nationale ont indiqué que l’enquête avait permis de démanteler plusieurs cellules de distribution locales, grâce à des écoutes téléphoniques et à des infiltrations. Selon les sources, le parquet a également ouvert une enquête parallèle visant les contacts supposés entre les accusés et des opérateurs basés à Dubaï.
Dans le cadre du podcast « Affaire suivante », les journalistes Pauline Revenaz et Charlotte Lesage ont accueilli le spécialiste du crime organisé, Fabrice Rizzoli, pour analyser les implications de ce procès. Rizzoli a rappelé que les réseaux de la DZ Mafia exploitent souvent des zones géographiques où la coopération judiciaire est encore en cours de consolidation, comme le montre l’hypothèse d’un commandement depuis le Golfe. Les intervenants ont souligné que la visibilité médiatique du dossier pouvait renforcer la coopération internationale et inciter les autorités émiriennes à intensifier leurs contrôles.
Le déroulement du procès devrait se poursuivre jusqu’à la fin du mois, avec la présentation de témoignages de victimes et d’experts en criminalité transnationale. Le verdict, attendu dans les semaines à venir, pourra servir de précédent juridique quant à la prise en compte de la planification d’actes criminels depuis l’étranger. En fonction de la décision, les autorités françaises envisagent de renforcer les dispositifs de coopération judiciaire avec les Émirats arabes unis, afin de réduire les espaces de manœuvre des réseaux de narcotrafic et de protéger les acteurs engagés dans la lutte anti‑drogue.
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