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Îlots Matthew et Hunter : le Vanuatu menace la France d'un recours à la CIJ

Le Vanuatu envisage de saisir la Cour internationale de justice pour récupérer la souveraineté des îlots Matthew et Hunter, deux territoires inhabités du Pacifique qui permettent à la France de contrôler une vaste zone économique exclusive.

CM
journalist·mercredi 2 septembre 2026 à 08:186 min
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Îlots Matthew et Hunter : le Vanuatu menace la France d'un recours à la CIJ

Le Vanuatu menace de saisir la Cour internationale de justice (CIJ) pour contester la souveraineté française sur deux îlots inhabités du Pacifique, Matthew et Hunter, dont la superficie cumulée est inférieure à un kilomètre carré. Ces deux petits territoires, administrés par la France depuis plusieurs décennies, confèrent à Paris le contrôle d'une vaste zone économique exclusive (ZEE) dans une région stratégique du Pacifique Sud.

Selon France Info, qui rapporte l'information, la menace diplomatique du Vanuatu vise explicitement ces deux îlots dont l'importance dépasse largement leur taille géographique. La France, par leur biais, bénéficie d'un accès à des ressources halieutiques considérables et à un espace maritime riche en minerais, situé au cœur d'une zone où les intérêts stratégiques se multiplient.

Deux îlots stratégiques au cœur du Pacifique Sud

Matthew et Hunter forment un duo d'îlots rocheux situés dans le sud-ouest du Pacifique, à proximité de la Nouvelle-Calédonie, territoire français d'outre-mer. Leur superficie individuelle reste minime — moins d'un kilomètre carré à eux deux —, mais leur valeur juridique et économique est considérable en droit maritime international.

En effet, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), signée en 1982, tout État souverenant sur une île peut revendiquer une zone économique exclusive s'étendant jusqu'à 200 milles marins (environ 370 kilomètres) autour de cette terre. Cette règle, quelle que soit la taille de l'île ou son caractère habitable, transforme de minuscules rochers en atouts géopolitiques majeurs. C'est précisément ce mécanisme qui place Matthew et Hunter au centre du différend.

La ZEE ainsi générée pour la France couvre une superficie océanique considérable, offrant des droits exclusifs d'exploitation des ressources — pêche, fonds marins, éventuelle exploitation minière — ainsi que des compétences en matière de recherche scientifique et de protection environnementale. Dans un Pacifique Sud où les ressources halieutiques s'amenuisent et où les enjeux liés aux fonds marins, notamment les nodules polymétalliques riches en cobalt, manganèse et nickel, prennent une importance croissante, le contrôle de ces zones devient un enjeu économique de premier plan.

Le Vanuatu, archipel de plus de 80 îles situé à quelques centaines de kilomètres au nord de Matthew et Hunter, conteste cette appropriation. Pour Port-Vila, ces îlots se trouvent dans une zone où les intérêts vanuatais sont historiquement et géographiquement fondés, et la souveraineté française constituerait une entrave à son propre développement maritime.

Un héritage colonial et des précédents comparables

La présence française sur Matthew et Hunter remonte à la période coloniale. La France administre ces îlots dans le prolongement de la Nouvelle-Calédonie, territoire qu'elle a progressivement structuré en collectivité sui generis. La souveraineté française n'a jamais été sérieusement contestée pendant plusieurs décennies, mais la montée en puissance des États insulaires du Pacifique, regroupés au sein du Forum des îles du Pacifique, a modifié l'équilibre diplomatique régional.

Le Vanuatu, indépendant depuis 1980, a connu ces dernières années un rapprochement diplomatique avec la Chine, tout en maintenant des relations complexes avec les anciennes puissances coloniales de la région, dont la France et le Royaume-Uni. Cette diplomatie active des micro-États insulaires, soucieux d'affirmer leur souveraineté maritime, s'inscrit dans un mouvement plus large de contestation des héritages coloniaux dans le Pacifique.

Des précédents existent : la France a déjà dû défendre sa souveraineté sur d'autres petits territoires maritimes contestés. Dans la région, plusieurs différends frontaliers ont opposé des États riverains concernant l'attribution d'îlots générateurs de ZEE. Le droit international, à travers la CIJ ou le Tribunal international du droit de la mer (TIDM), tranche généralement ces litiges sur la base de critères géographiques, historiques et juridiques stricts.

Pour le Vanuatu, saisir la CIJ représenterait un moyen juridiquement contraignant de faire reconnaître ses prétentions. Toutefois, la procédure devant la CIJ suppose que les deux parties acceptent la compétence de la cour ou que le différend relève d'un traité bilatéral ou multilatéral applicable. Paris pourrait contester cette compétence, prolongeant ainsi la phase pré-contentieuse pendant plusieurs années.

Une menace diplomatique aux implications régionales

L'annonce de Vanuatu intervient dans un contexte de tensions accrues dans le Pacifique Sud, où plusieurs puissances — États-Unis, Chine, Australie, Nouvelle-Zélande — cherchent à renforcer leur influence. La France, par ses territoires d'outre-mer (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna), conserve une présence stratégique qu'elle entend préserver. La contestation vanuataise, même si elle porte sur des îlots mineurs en apparence, touche à un principe fondamental : la légitimité de la souveraineté française sur l'ensemble de ses possessions maritimes.

Pour les autorités françaises, toute remise en cause de Matthew et Hunter constituerait un précédent dangereux pour l'ensemble de ses territoires d'outre-mer, dont certains voient régulièrement des mouvements indépendantistes ou des revendications extérieures émerger. La Nouvelle-Calédonie, en particulier, traverse une période de recomposition politique après le rejet de l'indépendance lors des référendums de 2018, 2020 et 2021, et toute fragilisation du lien juridique avec la France dans cette zone du Pacifique pourrait avoir des répercussions politiques internes.

Le différend pourrait également raviver les tensions autour du projet régional « Grands Bleus », qui vise à protéger la biodiversité marine du Pacifique Sud, et dont le périmètre exact dépend largement de la définition des ZEE nationales. Les organisations environnementales de la région, ainsi que les pêcheurs artisanaux du Vanuatu et des autres États insulaires, suivent l'évolution de ce contentieux avec attention, conscientes que la délimitation des espaces maritimes détermine largement l'accès aux ressources halieutiques.

Reste que la menace vanuataise, pour l'instant, n'a pas donné lieu à une saisine formelle de la CIJ. Le gouvernement de Port-Vila devra, le cas échéant, franchir plusieurs étapes diplomatiques et juridiques avant qu'un éventuel recours ne devienne effectif. Selon les sources, aucune date précise n'a encore été fixée pour un dépôt de requête, et Paris n'a pas, à ce stade, réagi officiellement à cette menace. Le calendrier et l'issue du différend dépendront largement de la capacité des deux pays à trouver un règlement amiable ou, à défaut, de la solidité juridique des arguments présentés devant la juridiction internationale.

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