Le candidat Les Républicains Bruno Retailleau a déclaré, lors de son passage sur BFM Politique le 6 septembre, vouloir inscrire dans la Constitution que la France est un pays de tradition judéo‑chrétienne. Cette proposition, présentée comme une charte de l'ordre républicain, relance le débat sur l'identité nationale et les fondements historiques de la République.
Bruno Retailleau, sénateur et candidat officiel du parti Les Républicains à l’élection présidentielle, a réaffirmé dimanche 6 septembre son souhait d’inscrire dans une charte de l’ordre républicain, adossée à la Constitution, que la France est « un pays de tradition judéo‑chrétienne ». L’interview, diffusée sur BFM Politique, a immédiatement placé la proposition au cœur des discussions sur l’identité nationale et la laïcité, deux thèmes récurrents dans le paysage politique français.
Déclaration de Bruno Retailleau sur la tradition judéo‑chrétienne
Lors de son entretien, le candidat LR a expliqué que la reconnaissance constitutionnelle de la tradition judéo‑chrétienne servirait à « rappeler les racines historiques et culturelles de la France », selon la chaîne BFMTV. Il a souligné que cette mention ne viserait pas à privilégier une religion, mais à mettre en avant un héritage partagé qui, selon lui, façonne encore les valeurs républicaines contemporaines. Retailleau a précisé que la proposition serait intégrée dans une charte de l’ordre républicain, document distinct mais rattaché à la Constitution, afin de garantir une visibilité juridique sans modifier le texte constitutionnel principal.
Le sénateur a rappelé que la France, depuis la Révolution, a toujours entretenu un lien étroit entre l’État et les traditions religieuses, notamment à travers le Concordat de 1801 et la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. En évoquant ces repères historiques, il a indiqué que la mention judéo‑chrétienne serait une continuité de ce dialogue entre la République et son passé religieux, et non une remise en cause du principe de laïcité tel qu’il est compris aujourd’hui. Il a ajouté que, selon lui, la plupart des Français reconnaissent l’influence de ces traditions sur le droit civil, l’éducation et les symboles nationaux.
Retailleau a également précisé que la proposition ne serait pas soumise à un référendum immédiat, mais passerait par le processus législatif habituel, incluant un débat au sein du Parlement et une éventuelle adoption par le Conseil constitutionnel. Il a indiqué que, selon les sources, plusieurs membres de son parti soutiennent déjà l’idée, estimant qu’elle pourrait renforcer le sentiment d’appartenance à la nation dans un contexte de crise identitaire et de montée des revendications identitaires.
Contexte politique et juridique de la proposition
La déclaration intervient à un moment où le débat sur l’identité nationale est particulièrement vif, alimenté par les récentes polémiques autour du port du voile, des caricatures religieuses et des lois sur la laïcité. Le gouvernement actuel, tout en réaffirmant le principe de laïcité, a également évoqué la nécessité de « mettre en valeur le patrimoine culturel et historique de la France », ce qui crée un terrain propice aux propositions comme celle de Retailleau. Selon les sources, le parti Les Républicains cherche à se positionner comme le défenseur d’une identité traditionnelle, afin de mobiliser son électorat face à la montée des mouvements populistes et écologistes.
Sur le plan juridique, l’idée d’ajouter une mention à la Constitution soulève des questions complexes. La Constitution de la Ve République, adoptée en 1958, ne comporte actuellement aucune référence explicite à une tradition religieuse. Toute modification nécessiterait une révision constitutionnelle, qui, selon la procédure en vigueur, doit être approuvée à la fois par le Parlement et, le cas échéant, par le peuple via un référendum. Le Conseil constitutionnel, qui veille à la conformité des textes, aurait également à se prononcer sur la compatibilité de cette mention avec le principe de laïcité inscrit à l’article 1 de la loi de 1905.
Par ailleurs, le contexte européen ne doit pas être négligé. Plusieurs États membres de l’Union européenne ont récemment renforcé leurs références à des traditions historiques dans leurs textes fondamentaux, ce qui pourrait influencer le débat français. Cependant, la France reste l’un des pays les plus attachés à la séparation stricte entre État et religion, un principe qui a façonné son modèle républicain depuis plus d’un siècle. Ainsi, la proposition de Retailleau s’inscrit dans une tension entre la volonté de valoriser un héritage culturel et le respect des engagements laïques européens.
Réactions et suites possibles
Les réactions à la déclaration de Retailleau ont été immédiates et diversifiées. Certains parlementaires de la majorité ont exprimé leur scepticisme, rappelant que la laïcité est un pilier de la République et que toute référence religieuse pourrait être perçue comme une atteinte à ce principe. D’autres, notamment au sein de la droite traditionnelle, ont salué l’initiative comme une façon de « reconnaître les racines communes qui unissent les Français », selon les propos relayés par BFMTV. Des organisations laïques et des associations de défense des droits civiques ont, quant à elles, dénoncé une possible instrumentalisation de la religion à des fins politiques.
Dans les jours qui ont suivi l’interview, plusieurs think‑tanks ont publié des analyses soulignant les risques de polarisation que pourrait engendrer une telle mention constitutionnelle. Certains experts ont averti que la référence explicite à une tradition judéo‑chrétienne pourrait marginaliser les citoyens d’autres confessions ou sans confession, et compliquer les débats sur la laïcité dans les écoles et les institutions publiques. D’autres ont toutefois suggéré que, si la proposition était formulée de manière inclusive, elle pourrait servir de cadre de référence pour les valeurs communes, sans pour autant remettre en cause la neutralité de l’État.
En termes de calendrier, Retailleau a indiqué que la proposition serait présentée au sein du groupe Les Républicains lors de la prochaine réunion du conseil exécutif du parti, avant d’être soumise au vote du Parlement. Selon les sources, aucune date précise n’a encore été fixée pour un éventuel débat parlementaire, mais le sujet devrait figurer à l’ordre du jour des prochaines séances de la commission des lois. Le suivi de cette initiative dépendra donc de l’évolution de la campagne présidentielle, des alliances politiques et de la capacité du parti à mobiliser un soutien suffisant au sein des deux assemblées.
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