Le retrait des États‑Unis de programmes d'aide clés, notamment l'USAID, place les systèmes de santé africains « sous une pression croissante », avertit un rapport d'Accra Reset. Covid‑19 et la hausse du coût de la vie aggravent la situation, créant une nouvelle urgence de réforme sanitaire dans la région.
Le retrait des États‑Unis de programmes d’aide essentiels, dont le financement de l’USAID, a plongé les systèmes de santé en Afrique et dans le Sud du monde dans une situation de tension accrue, selon un rapport publié récemment par le groupe de réflexion Accra Reset. Cette évolution intervient dans un contexte où la pandémie de Covid‑19 a déjà mis à rude épreuve les capacités sanitaires du continent, tandis que la hausse mondiale du coût de la vie pèse davantage sur les budgets publics et les ménages. Le document met en garde contre une « nouvelle urgence » de réformer les soins de santé afin d’assurer leur résilience face à ces chocs multiples.
Le rapport d'Accra Reset indique que les coupes opérées par l’administration Trump sur les programmes d’aide, notamment ceux gérés par l’US Agency for International Development (USAID), ont créé un vide financier important pour de nombreux pays africains. Selon The Guardian, ces réductions ont affecté les projets de santé publique, les achats de médicaments essentiels et le soutien logistique aux hôpitaux publics, laissant les systèmes de santé « sous une pression croissante ». Sans ce financement, plusieurs programmes de prévention des maladies infectieuses, de vaccination et de formation du personnel médical ont dû réduire leur portée ou suspendre leurs activités.
En l’absence de l’appui américain, les gouvernements nationaux se retrouvent contraints de réaffecter des ressources limitées, souvent déjà engagées dans la lutte contre la Covid‑19, pour combler les lacunes créées par le retrait. Cette situation a entraîné des retards dans la distribution de traitements antirétroviraux, une diminution des stocks de vaccins contre la rougeole et la polio, ainsi qu’une réduction du nombre de campagnes de dépistage du paludisme. Le rapport souligne que ces effets se traduisent par une augmentation du nombre de patients non traités et une détérioration de la qualité des soins dans les zones rurales.
Le même document précise que, face à ce déficit, plusieurs pays ont commencé à explorer des alternatives de financement, notamment le recours à des partenariats public‑privé et la mobilisation de ressources internes. Toutefois, ces stratégies restent embryonnaires et nécessitent un cadre réglementaire solide ainsi une capacité de gestion accrue, des éléments qui ne sont pas toujours présents dans les systèmes de santé africains, encore fragilisés par des décennies de sous‑investissement.
Contexte sanitaire et pressions économiques aggravantes
La pandémie de Covid‑19, qui a frappé le continent à partir de 2020, a déjà exposé les limites des infrastructures sanitaires africaines. Selon le rapport, la crise a entraîné une hausse soudaine de la demande de lits d’hôpitaux, de respirateurs et de personnel qualifié, tout en imposant des restrictions de mobilité qui ont perturbé les chaînes d’approvisionnement en médicaments. Cette situation a été exacerbée par la hausse du coût de la vie à l’échelle mondiale, qui a rendu plus difficile l’achat de produits pharmaceutiques et d’équipements médicaux, augmentant ainsi le fardeau financier des États et des ménages.
Le groupe Accra Reset souligne que la combinaison de ces facteurs crée une « nouvelle urgence » pour réformer les systèmes de santé. Il s’agit notamment de renforcer la production locale de médicaments, d’améliorer la formation continue du personnel de santé et de développer des mécanismes de financement plus résilients, capables de résister aux chocs externes. Le rapport indique que, sans une telle réforme, les pays du Sud du monde risquent de voir leurs progrès en matière de santé publique reculer, notamment en ce qui concerne la lutte contre le paludisme, la tuberculose et les maladies non transmissibles.
Par ailleurs, la hausse du coût de la vie a un impact direct sur les dépenses de santé des ménages, qui voient leur part du budget consacré aux soins augmenter de façon significative. Cette pression économique pousse de nombreuses familles à retarder ou à renoncer à des soins essentiels, aggravant les inégalités d’accès aux services de santé. Le rapport d'Accra Reset met en avant que ces dynamiques sont interconnectées : la réduction de l’aide américaine, la crise sanitaire et la conjoncture économique mondiale forment un cercle vicieux qui menace la stabilité des systèmes de santé africains.
Face à ces défis, les dirigeants africains ont commencé à appeler à une plus grande autonomie dans le développement de leurs systèmes de santé. Le rapport d'Accra Reset recommande que les pays de la région et du Sud du monde prennent « un plus grand contrôle de leur développement sanitaire », en s’appuyant sur des stratégies nationales de financement et en renforçant la coopération régionale. Selon The Guardian, plusieurs ministères de la santé ont déjà annoncé des plans visant à augmenter les budgets nationaux alloués à la santé, à diversifier les sources de financement et à encourager l’innovation locale.
Des organisations régionales, telles que l’Union africaine et l’Organisation mondiale de la santé, ont également exprimé leur soutien à ces initiatives, en proposant des cadres de partenariat pour faciliter le transfert de technologies et le partage de bonnes pratiques. Le rapport indique que ces efforts pourraient être accélérés par la mise en place de mécanismes de suivi et d’évaluation transparents, afin de garantir que les ressources mobilisées soient utilisées de manière efficace et ciblée.
En perspective, le groupe Accra Reset estime que la réussite de ces réformes dépendra de la capacité des États à mobiliser des ressources internes et à établir des partenariats fiables avec le secteur privé et les bailleurs de fonds multilatéraux. Il souligne que, sans un engagement politique fort et une coordination régionale accrue, le continent risque de rester dépendant de l’aide extérieure, exposé à de nouvelles fluctuations de financement. Ainsi, la « nouvelle urgence » évoquée par le rapport se traduit par une nécessité immédiate d’agir, afin de garantir que les systèmes de santé africains puissent répondre aux besoins actuels et futurs de leurs populations.
Cet article vous a-t-il été utile ?