Au lendemain de l'inauguration de la Tapisserie de Bayeux à Londres, Emmanuel Macron rencontre jeudi le Premier ministre britannique Andy Burnham à Downing Street. Immigration illégale, coopération sécuritaire et rapprochement avec l'Union européenne figurent parmi les sujets abordés.
Au lendemain de l'inauguration de la Tapisserie de Bayeux à Londres, le président français Emmanuel Macron se rend jeudi 3 septembre à Downing Street pour y rencontrer le Premier ministre britannique Andy Burnham. Cette visite bilatérale, qui fait suite à un déplacement culturel marquant, doit permettre aux deux dirigeants d'aborder plusieurs dossiers sensibles, au premier rang desquels l'immigration illégale, la coopération sécuritaire et les perspectives de rapprochement entre le Royaume-Uni et l'Union européenne après le Brexit.
L'entretien entre les deux chefs de gouvernement s'inscrit dans un calendrier diplomatique dense. La veille, la Tapisserie de Bayeux, chef-d'œuvre médiéval du XIe siècle classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, a été présentée officiellement à Londres dans le cadre d'une exposition temporaire. Cet événement culturel a déjà été interprété, dans la presse britannique et française, comme un geste symbolique de rapprochement entre les deux pays, après plusieurs années de tensions diplomatiques liées notamment à la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne et aux différends sur la gestion des migrants traversant la Manche.
Immigration illégale et coopération franco-britannique : les chiffres avancés par le socialiste François Kalfon
Sur le plateau de BFMTV, l'eurodéputé socialiste François Kalfon a livré un premier éclairage sur les résultats obtenus dans le cadre de la coopération bilatérale en matière d'immigration. « En un an, le nombre d'immigrants venant dans l'Union européenne a baissé de 26 % », a-t-il affirmé, citant des statistiques qu'il a présentées comme le fruit des dispositifs mis en place conjointement par Paris et Londres, avec le soutien des institutions européennes. Le parlementaire européen a précisé que cette baisse concernait les flux migratoires observés aux frontières extérieures de l'Union européenne, et non uniquement les traversées de la Manche, souvent au cœur de l'actualité entre les deux pays.
Le sujet des traversées de la Manche demeure néanmoins un point d'attention majeur pour les deux exécutifs. Depuis plusieurs années, les départs de migrants depuis les côtes françaises vers les côtes anglaises donnent lieu à des naufrages meurtriers et à des contentieux récurrents entre Paris et Londres. Le gouvernement britannique a notamment critiqué à plusieurs reprises l'insuffisance des moyens français dédiés à l'interception des embarcations, tandis que les autorités françaises ont regretté le manque de coopération britannique en matière de démantèlement des filières de passeurs.
François Kalfon, élu au Parlement européen et membre du Parti socialiste, a par ailleurs défendu une approche européenne coordonnée, estimant que la question migratoire ne pouvait être traitée de manière isolée par un seul État membre. Sa prise de position s'inscrit dans un débat plus large au sein de l'Union européenne sur le futur pacte migratoire et sur la répartition des demandeurs d'asile entre les Vingt-Sept.
Rapprochement avec l'Union européenne : les contours d'une nouvelle étape
Au-delà de l'immigration, Emmanuel Macron et Andy Burnham doivent évoquer les conditions d'un rapprochement progressif entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Depuis la sortie effective du Brexit en janvier 2021, plusieurs secteurs de coopération — recherche scientifique, défense, jeunesse — font l'objet de discussions bilatérales, sans qu'un cadre global n'ait jusqu'à présent été formellement négocié. Des responsables européens ont à plusieurs reprises évoqué l'hypothèse d'un « pacte de sécurité » entre Londres et l'Union européenne, dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et les incertitudes géopolitiques en Europe orientale.
La question du retour du Royaume-Uni dans le cadre institutionnel européen, par exemple via une demande d'adhésion ou un statut d'associé, ne figure pas à l'ordre du jour de la rencontre. Les discussions attendues jeudi portent davantage sur des coopérations sectorielles ciblées, susceptibles d'être conclues sans révision du traité de retrait britannique. Downing Street n'a, à ce stade, pas confirmé publiquement l'agenda précis de la rencontre, mais plusieurs sources diplomatiques citées par la presse britannique évoquent des discussions portant sur la lutte antiterroriste, les échanges universitaires et la transition énergétique.
L'inauguration de la Tapisserie de Bayeux à Londres a par ailleurs été perçue comme un signal politique. Le prêt exceptionnel de cet artefact, long d'environ 70 mètres et illustrant la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066, constitue un geste diplomatique rare entre les deux pays. Sa présentation à Londres a été saluée par plusieurs commentateurs comme un symbole des liens historiques et culturels qui continuent d'unir la France et le Royaume-Uni, par-delà les divergences politiques récentes.
Perspectives : sécurité, économie et suites attendues
Plusieurs sujets économiques figurent également au menu des discussions. Les deux dirigeants pourraient aborder la situation des transports transmanche, les droits de pêche dans les eaux britanniques, ainsi que la coopération en matière d'énergie nucléaire civile. Sur ce dernier point, EDF et plusieurs partenaires britanniques travaillent depuis plusieurs mois à des projets de réacteurs modulaires, dans un contexte européen de relance du nucléaire civil pour atteindre les objectifs climatiques.
En matière de sécurité, les échanges entre Paris et Londres ont été marqués ces dernières années par une coopération renforcée dans le domaine du renseignement, notamment après les attentats de 2015 en France et de 2017 au Royaume-Uni. La rencontre de jeudi pourrait donner lieu à l'annonce de nouveaux dispositifs communs, en particulier pour lutter contre la cybercriminalité et le financement du terrorisme. Aucune annonce concrète n'a cependant été confirmée par les services du Premier ministre britannique avant la tenue de l'entretien.
À l'issue de la rencontre, une conférence de presse conjointe d'Emmanuel Macron et d'Andy Burnham est attendue à Downing Street. C'est lors de cette prise de parole que devraient être précisés les éventuels accords sectoriels conclus à l'occasion de ce déplacement londonien, ainsi que le calendrier des prochaines étapes du dialogue franco-britannique. Le contenu exact des annonces reste, à ce stade, « information non confirmée à ce stade », selon la formulation consacrée par les services diplomatiques.
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