En déplacement en Italie, le président du Rassemblement national a signé un document symbolique avec le leader de l'extrême droite britannique. Il conditionne toute coopération à une victoire du RN à la présidentielle de 2027.
Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a signé vendredi 4 septembre un « protocole d'accord » avec le leader britannique d'extrême droite Nigel Farage, à l'occasion d'un forum économique en Italie. Le document prévoit une coopération entre les deux formations sur le thème de l'immigration, sous réserve d'une victoire du RN à l'élection présidentielle de 2027 en France.
Un accord conditionné à la victoire de 2027
Selon BFMTV, qui rapporte l'information, Jordan Bardella s'est exprimé depuis l'Italie où il devait participer à un forum économique. Vendredi 4 septembre, il a symboliquement paraphé un texte aux côtés de Nigel Farage, figure historique de la droite radicale britannique, ex-chef de l'Ukip puis du Reform UK.
Le protocole prévoit, si le Rassemblement national remporte la présidentielle de 2027 et si Nigel Farage accède au pouvoir au Royaume-Uni, de « réduire la voilure en matière d'immigration » dans les deux pays. La formulation, telle que rapportée par BFMTV, fixe un objectif politique commun sans toutefois détailler les mesures concrètes qui seraient mises en œuvre.
Cette signature s'inscrit dans la stratégie d'internationalisation des réseaux d'extrême droite engagée par le Rassemblement national depuis plusieurs années. Le parti cherche à nouer des alliances structurelles avec des formations partageant une même ligne sur la souveraineté nationale, la lutte contre l'immigration et la critique des institutions européennes.
Le choix du conditionnel n'est pas anodin. Il traduit une prudence diplomatique assumée : en l'état actuel, ni le RN ni le Reform UK n'exercent le pouvoir dans leurs pays respectifs. Toute coopération opérationnelle suppose donc une double conditionnalité électorale, côté français avec l'échéance présidentielle de 2027, côté britannique avec un calendrier politique dont les contours restent, à ce stade, à préciser.
Une rencontre organisée en marge d'un forum économique
Le déplacement italien de Jordan Bardella n'était pas à l'origine motivé par cette signature. Le président du RN devait participer à un forum économique, format qui permet traditionnellement aux responsables politiques français de rencontrer leurs homologues étrangers dans un cadre semi-officiel. C'est dans ce contexte qu'a été organisée la rencontre avec Nigel Farage.
La signature d'un « protocole d'accord » relève d'un geste avant tout symbolique. Elle n'engage pas juridiquement les deux formations, mais vise à poser un jalon politique et médiatique en vue des échéances électorales à venir, côté français comme côté britannique. Le choix de l'Italie comme cadre n'est pas anodin : le pays est dirigé par Giorgia Meloni, issue de la droite nationaliste européenne, dont les relations avec le RN sont regulares depuis 2022.
Nigel Farage, de son côté, cherche à consolider son ancrage sur la scène européenne après le Brexit. Son rapprochement avec le Rassemblement national lui permet de bénéficier du réseau diplomatique informel du parti français, l'un des plus structurés au sein de la droite radicale du continent.
Le format retenu — celui du forum économique — offre par ailleurs une couverture médiatique neutre, peu susceptible d'être taxée de provocation. En apparence, il s'agit d'échanges entre responsables politiques invités à débattre de questions économiques ; en pratique, la signature conjointe d'un protocole donne à l'événement une coloration politique affirmée que les simples rencontres bilatérales n'auraient pas permise.
Une diplomatie partisane en direction de 2027
Pour Jordan Bardella, l'opération répond à plusieurs objectifs. Elle permet d'abord de renforcer son image de leader européen de l'extrême droite, dans la perspective où il serait candidat à l'Élysée en 2027. Elle offre ensuite un argument de campagne supplémentaire sur le thème central de l'immigration, en montrant que la politique de réduction des flux migratoires portée par le RN s'inscrit dans une coalition internationale.
Enfin, ce rapprochement permet au RN de tester sa capacité à nouer des alliances bilatérales avec des partis au pouvoir, condition nécessaire à la mise en œuvre d'une politique migratoire commune si les promesses électorales devaient se concrétiser. Le conditionnel reste toutefois de mise : la victoire à la présidentielle de 2027 n'est pas acquise, et le calendrier politique britannique reste lui aussi incertain.
Reste à savoir comment sera accueillie, en France, cette nouvelle démonstration d'alliance avec une figure controversée de la politique britannique. La signature d'accords symboliques avec des dirigeants étrangers est une pratique répandue à droite comme à gauche, mais le choix d'un partenaire politique comme Nigel Farage, marqué à l'extrême droite, ne manquera pas de susciter des critiques dans la classe politique française.
Les implications politiques d'un rapprochement franco-britannique
Au-delà de l'effet d'annonce, ce protocole pose plusieurs questions de fond. La première concerne la cohérence idéologique entre les deux formations. Si le RN a construit l'essentiel de son discours sur la souveraineté nationale et le contrôle des frontières, Nigel Farage s'est quant à lui illustré par son combat en faveur du Brexit, c'est-à-dire pour la sortie d'une organisation supranationale. Les deux lignes se rejoignent sur un rejet commun des institutions européennes, mais divergent sur un certain nombre de sujets économiques et sociaux dont le détail des convergences éventuelles avec le programme du RN reste, à ce stade, non précisé dans le texte rapporté par BFMTV.
La deuxième question porte sur l'articulation concrète entre une politique migratoire française et une politique migratoire britannique. Les deux pays ne partagent pas les mêmes frontières extérieures, ne sont pas soumis aux mêmes obligations conventionnelles et n'entretiennent pas, depuis la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, les mêmes mécanismes de coopération frontalière. Toute coordination bilatérale supposerait donc la signature d'accords techniques spécifiques, dont la portée juridique reste à définir.
Enfin, la portée électorale d'un tel rapprochement mérite d'être relativisée. En France, les enquêtes d'opinion sur la présidentielle de 2027 — dont les résultats détaillés ne figurent pas dans le brief source — ne permettent pas, à ce stade, de mesurer l'impact d'un accord signé à l'étranger avec un partenaire britannique. Il est probable que la séquence sera utilisée à la fois par les soutiens du RN, pour illustrer le rayonnement international du mouvement, et par ses opposants, pour dénoncer une nouvelle forme de normalisation diplomatique de l'extrême droite.
Un contexte européen plus large
La signature de ce protocole s'inscrit dans un mouvement plus large de structuration des droites nationales et radicales à l'échelle européenne. Depuis plusieurs années, plusieurs rencontres bilatérales et multilatérales ont rapproché des formations partageant un même socle idéologique : refus de l'immigration extra-européenne, critique des institutions de Bruxelles, défense d'une vision souverainiste de l'État. Le Rassemblement national, le Reform UK de Nigel Farage, Fratelli d'Italia de Giorgia Meloni, ou encore d'autres formations nationales appartiennent à ce paysage politique, sans pour autant constituer à ce jour un groupe parlementaire unifié au sein des institutions européennes.
Le format retenu à Rome — un forum économique, et non une réunion partisane classique — illustre d'ailleurs cette hybridation croissante entre sphère économique et sphère politique. De nombreux dirigeants de droite radicale utilisent désormais les rencontres économiques et entrepreneuriales comme des occasions de nouer des contacts politiques, en s'appuyant sur des réseaux d'affaires partagés et sur la présence de personnalités issues du monde économique sensibles à leurs thèses. Cette porosité croissante entre les deux sphères constitue un facteur à prendre en compte pour comprendre la multiplication de ce type d'accords symboliques.
En définitive, la signature du « protocole d'accord » entre Jordan Bardella et Nigel Farage relève moins de la diplomatie gouvernementale que de la construction patiente d'un réseau d'influence transnational. Sa portée immédiate reste essentiellement médiatique ; sa portée stratégique dépendra, pour partie, des résultats des échéances électorales à venir en France et au Royaume-Uni. Le texte signé vendredi 4 septembre n'engage pas juridiquement les deux formations, mais il marque une étape supplémentaire dans la stratégie d'internationalisation du Rassemblement national et dans le rapprochement structurel entre les droites radicales française et britannique.
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