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Gaza : le cofondateur du mouvement BDS appelle le Royaume-Uni à rompre tout commerce avec Israël

Omar Barghouti, cofondateur du mouvement BDS, réclame dans un entretien au Guardian la fin totale des échanges commerciaux et des exportations d'armes britanniques vers Israël. Il qualifie les sanctions ciblées de diversion face à l'obligation légale du Royaume-Uni.

TG
journalist·mercredi 2 septembre 2026 à 06:315 min
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Gaza : le cofondateur du mouvement BDS appelle le Royaume-Uni à rompre tout commerce avec Israël

Omar Barghouti, cofondateur du mouvement Boycott, Divestment, Sanctions (BDS), appelle le Royaume-Uni à mettre un terme à l'ensemble de ses relations commerciales avec Israël, y compris les exportations d'armes, les accords commerciaux et les liens universitaires susceptibles d'apporter un soutien à l'occupation. Dans un entretien exclusif accordé au Guardian, publié mercredi, il juge insuffisantes les mesures envisagées par Londres, qu'il s'agisse de la suspension du commerce avec les colonies israéliennes illégales ou de sanctions contre des ministres et des groupes de colons.

Une exigence de rupture totale au-delà des sanctions ciblées

Le militant palestinien considère que les sanctions envisagées par le gouvernement britannique contre certains groupes de colons ou des ministres jugés extrémistes constituent une « diversion et un faux-fuyant », selon les termes employés dans l'entretien. Pour lui, ces mesures n'abordent pas le cœur du problème, à savoir l'obligation légale et éthique du Royaume-Uni, au regard du droit international, de mettre fin à toute forme de soutien à Israël.

Barghouti réclame en conséquence une rupture beaucoup plus large, englobant l'arrêt des ventes d'armes, la suspension des accords commerciaux et la fin des relations académiques qui « pourraient directement ou indirectement permettre l'occupation illégale » de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est par Israël. Il s'agit, selon lui, de la seule réponse à la hauteur de ce qu'il qualifie de « génocide » en cours à Gaza, terme qui engage une qualification juridique contestée par les autorités israéliennes et par plusieurs capitales occidentales.

L'appel s'inscrit dans la stratégie historique du mouvement BDS, fondé en 2005 par une coalition d'organisations de la société civile palestinienne, qui réclame depuis près de deux décennies des mesures de pression économique, académique et culturel sur Israël jusqu'à ce que soient satisfaites trois exigences : la fin de l'occupation, l'égalité des droits pour les citoyens arabes d'Israël et le droit au retour des réfugiés palestiniens.

Un Royaume-Uni sous pression entre engagements légaux et prudence diplomatique

Les propos de Barghouti interviennent alors que le débat sur la politique britannique à l'égard d'Israël s'intensifie à Westminster, dans un contexte de pression croissante de la société civile, d'une partie de la majorité et de l'opposition travailliste. Plusieurs ONG et organisations juridiques britanniques, citées régulièrement dans la presse anglo-saxonne, ont appelé ces derniers mois Londres à respecter ses obligations au titre du Statut de Rome et des conventions de Genève, notamment en suspendant les licences d'exportation d'armement.

Le gouvernement britannique a, par le passé, suspendu certaines ventes d'armes à destination d'Israël et annoncé des sanctions limitées contre des responsables de colonies. Ces mesures ont toutefois été critiquées tant par les défenseurs de la cause palestinienne, qui les jugent symboliques, que par les partisans d'Israël, qui les jugent discriminatoires. L'entretien du Guardian met précisément en lumière cette critique émise du côté de la société civile palestinienne, estimant que des sanctions individuelles ne sauraient tenir lieu de politique étrangère cohérente.

Sur le plan juridique, le Royaume-Uni reste lié par sa propre législation sur les exportations d'armes, qui interdit les ventes vers des pays où il existe un risque sérieux que le matériel soit utilisé pour commettre des violations graves du droit international humanitaire. Plusieurs décisions de justice récentes, rendues par la Haute Cour de Londres dans des affaires portées par des ONG, ont enjoint le gouvernement à réexaminer certaines licences, sans pour autant aboutir à une interdiction générale des exportations.

Le mouvement BDS au cœur d'un débat européen sur la liberté d'expression et l'antisionisme

L'appel d'Omar Barghouti relance également le débat, particulièrement vif au Royaume-Uni et en Europe, sur la place du mouvement BDS dans l'espace public. Plusieurs parlements, dont celui du Royaume-Uni, ont adopté ou débattu de mesures visant à restreindre les appels au boycott d'Israël, parfois qualifiés d'antisémites par leurs détracteurs, parfois défendus comme des formes légitimes d'action citoyenne par leurs partisans.

Pour Barghouti, la distinction entre antisionisme et antisémitisme constitue précisément un enjeu politique majeur : le mouvement qu'il cofondre se présente comme une initiative de droits humains, non comme une campagne contre les Juifs en tant que tels, et revendique une lecture du droit international opposée à celle des gouvernements occidentaux. Cette ligne de fracture traverse les universités britanniques, où plusieurs motions étudiantes réclamant la rupture de partenariats avec des institutions israéliennes ont été adoptées ces dernières années, suscitant de vives controverses.

L'entretien publié par le Guardian survient par ailleurs dans un contexte diplomatique particulièrement tendu au Moyen-Orient, marqué par la poursuite des opérations militaires israéliennes à Gaza, l'aggravation de la crise humanitaire selon l'ONU et les organisations humanitaires, et les tentatives de médiation portées notamment par l'Égypte, le Qatar et les États-Unis pour un cessez-le-feu et la libération des otages. Dans ce cadre, la voix du cofondateur du BDS s'ajoute à celle de plusieurs ONG internationales qui réclament un embargo européen sur les armes à destination d'Israël, proposition rejetée à ce jour par la Commission européenne et par la majorité des États membres, dont la France et l'Allemagne, au nom de la sécurité d'Israël et de la lutte contre le terrorisme. La position britannique, déjà traversée par des lignes de fracture internes, pourrait continuer à évoluer sous la pression conjuguée de la rue, des juridictions et de la société civile, dans un dossier où l'équilibre entre droit international, sécurité régionale et relations bilatérales reste, selon les termes mêmes du Guardian, profondément instable.

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