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Espionnage industriel en Belgique : un ancien chercheur soupçonné d'avoir transmis une technologie de puces à une entreprise chinoise

La justice belge a placé en détention un ancien employé du fabricant de puces en faillite BELGAN, soupçonné d'avoir transmis à un concurrent chinois une technologie de semi-conducteurs au nitrure de gallium. Cette enquête s'inscrit dans une série de dossiers d'espionnage industriel impliquant la Chine à travers l'Europe.

CM
journalist·lundi 7 septembre 2026 à 10:215 min
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Espionnage industriel en Belgique : un ancien chercheur soupçonné d'avoir transmis une technologie de puces à une entreprise chinoise

Les procureurs belges ont annoncé la détention provisoire d'un ancien chercheur du fabricant de semi-conducteurs BELGAN, mis en faillite, dans le cadre d'une enquête pour espionnage industriel au profit d'une entreprise basée en Chine. Selon les informations rapportées par Euronews, le suspect est soupçonné d'avoir transmis à un rival chinois une technologie de puces au nitrure de gallium, un composant stratégique utilisé dans les secteurs des télécommunications, de la défense et de l'électronique de puissance.

Le parquet fédéral belge, compétent pour les dossiers de sécurité nationale, a confirmé l'ouverture d'une information judiciaire. La détention provisoire de l'ancien employé intervient dans un contexte européen marqué par une multiplication des enquêtes liées à des soupçons d'espionnage économique et technologique orchestrés depuis la Chine. Les puces au nitrure de gallium, ou GaN, figurent parmi les technologies les plus surveillées par les États occidentaux en raison de leurs applications militaires et industrielles.

Une technologie sensible au cœur des investigations

Le nitrure de gallium est un matériau semi-conducteur dit « à grand gap », utilisé pour fabriquer des composants électroniques capables de fonctionner à haute tension, haute fréquence et haute température. Ces propriétés en font un élément recherché pour les radars, les systèmes de communication 5G, les véhicules électriques ou encore les équipements de défense. La technologie mise au point par BELGAN, société aujourd'hui en faillite, présentait selon les enquêteurs un intérêt stratégique susceptible de justifier une opération de captation par un acteur étranger.

D'après Euronews, les soupçons portent sur une fuite technologique au profit d'une entreprise concurrente implantée en Chine. Les procureurs fédéraux belges n'ont pas communiqué l'identité du suspect placé en détention, ni le nom de la société chinoise impliquée. Les investigations doivent déterminer l'ampleur des informations transmises, la durée de la fuite présumée et l'existence éventuelle d'autres complicités au sein ou en dehors de l'entreprise en liquidation.

BELGAN faisait partie de la filière européenne des semi-conducteurs, un secteur considéré comme stratégique par l'Union européenne depuis l'adoption du Chips Act européen, destiné à renforcer l'autonomie technologique du continent. La faillite de l'entreprise, préalable à l'affaire, avait déjà fragilisé le savoir-faire industriel européen dans ce segment, rendant d'autant plus sensible toute fuite vers un concurrent asiatique.

Un contexte européen de méfiance accrue envers Pékin

L'affaire belge s'inscrit dans une vague plus large d'enquêtes ouvertes à travers l'Europe sur des soupçons d'espionnage industriel au profit d'entreprises chinoises. Plusieurs pays membres de l'Union européenne, dont les Pays-Bas, l'Allemagne et la France, ont signalé ces dernières années des tentatives de captation de savoir-faire dans les domaines des semi-conducteurs, des équipements de télécommunications et de l'intelligence artificielle.

Les services de renseignement européens ont à plusieurs reprises mis en garde contre les opérations de « talent spotting », consistant à recruter ou approcher des ingénieurs et chercheurs européens, y compris après la faillite ou la restructuration de leur employeur d'origine. La liquidation de BELGAN a pu offrir, selon cette grille de lecture, une fenêtre d'opportunité pour des acteurs économiques étrangers cherchant à récupérer une expertise sans recourir à des acquisitions, soumises à des contrôles d'investissement stricts dans plusieurs juridictions européennes.

Bruxelles a renforcé depuis plusieurs années son arsenal de protection des actifs stratégiques. Le règlement européen sur les subventions étrangères faussant le marché intérieur, entré en application, ainsi que le mécanisme de filtrage des investissements directs étrangers dans l'Union, visent précisément à empêcher le transfert de technologies critiques vers des concurrents systémiques. L'ouverture d'une information judiciaire en Belgique montre que ces dispositifs sont désormais accompagnés d'un volet répressif actif.

Les suites judiciaires et les attentes de l'enquête

L'ancien chercheur doit être présenté à un juge d'instruction dans les jours à venir, conformément à la procédure belge. La détention provisoire, mesure la plus restrictive avant tout jugement, souligne la gravité des soupçons retenus par le parquet fédéral. Les enquêteurs doivent encore procéder à l'analyse des supports informatiques saisis, à l'audition de témoins et à d'éventuelles demandes d'entraide judiciaire internationale, notamment avec la Chine, dont la coopération en matière pénale reste jugée aléatoire par les praticiens européens.

Du côté des autorités belges, la discrétion reste de mise. Le parquet a précisé que les investigations se poursuivaient et que toute communication supplémentaire serait soumise à l'évolution du dossier. L'affaire pourrait néanmoins prendre une dimension diplomatique si des éléments venaient à impliquer directement une entreprise chinoise identifiée, Bruxelles étant engagée dans une politique de « désrisquage » vis-à-vis de Pékin, concept défendu par la Commission européenne pour limiter les dépendances stratégiques sans rompre totalement les échanges commerciaux.

Cette enquête belge illustre la convergence entre les politiques industrielles de l'Union, la protection du patrimoine technologique et la lutte contre l'espionnage économique. La justice belge, en ouvrant ce dossier, confirme que le transfert non autorisé de technologies de semi-conducteurs avancées vers des concurrents étrangers constitue désormais une priorité pénale, et non plus seulement un sujet de coopération administrative entre services de renseignement.

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