La Commission européenne s'apprête à dévoiler sa position révisée concernant l'interdiction des nouveaux forages pétroliers et gaziers dans l'Arctique. L'AIE et la Norvège poussent Bruxelles à abandonner cette mesure adoptée en 2021.
La Commission européenne doit rendre dans les prochains jours une décision attendue sur le maintien, ou non, de son interdiction de toute nouvelle exploration pétrolière et gazière dans le Grand Nord arctique. Selon les informations rapportées par Euronews, c'est au dernier moment que les Vingt-Sept devront trancher, au moment de la présentation de la stratégie européenne révisée pour l'Arctique. Cette position, héritée d'une communication officielle datant de 2021, est désormais contestée à la fois par l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et par la Norvège, qui demandent à Bruxelles de revoir sa copie.
Un bras de fer entre engagements climatiques et sécurisation énergétique
L'interdiction européenne visait initialement à protéger un écosystème particulièrement vulnérable au réchauffement climatique, tout en affichant la volonté des institutions communautaires de montrer l'exemple en matière de transition énergétique. Adopter une telle mesure en 2021 s'inscrivait dans la foulée du Pacte vert européen et de l'objectif de neutralité climatique fixé à l'horizon 2050. Le moratoire portait sur l'octroi de nouvelles licences d'exploration dans les eaux arctiques relevant de la juridiction des États membres, ainsi que sur les financements publics susceptibles de soutenir de tels projets.
Cinq ans plus tard, le contexte énergétique a profondément évolué. La guerre en Ukraine, la flambée des prix du gaz et la recherche de diversification des approvisionnements ont remis en question plusieurs des principes qui prévalaient au début de la décennie. L'AIE, dont la mission officielle est précisément de conseiller les gouvernements sur les politiques énergétiques, aurait exprimé des réserves sur la pertinence de maintenir une interdiction aussi large à un moment où la sécurité d'approvisionnement du continent reste un sujet de préoccupation majeure pour les exécutifs européens. De son côté, Oslo, qui partage une frontière maritime avec la Russie dans cette région et qui dispose d'une expertise industrielle reconnue dans l'exploitation offshore en environnement polaire, aurait directement plaidé auprès de Bruxelles pour une révision de cette position, selon les éléments rapportés par Euronews.
Une décision reportée qui illustre les divisions internes
Le fait que la décision doive être prise « au dernier moment » par les Vingt-Sept révèle, en creux, l'absence de consensus entre les capitales européennes. Plusieurs États membres, particulièrement engagés dans la trajectoire de décarbonation, seraient peu enclins à revenir sur une mesure perçue comme un symbole de l'ambition environnementale européenne. À l'inverse, d'autres gouvernements, confrontés à la hausse persistante des coûts énergétiques et soucieux de préserver la compétitivité de leur industrie, verraient d'un bon œil un assouplissement susceptible d'ouvrir des perspectives d'exploitation supplémentaires, y compris en partenariat avec des pays tiers de la région.
La Commission européenne n'a pas encore communiqué officiellement sur le détail de ses arbitrages. Selon les sources citées par Euronews, l'exécutif européen présenterait sa stratégie révisée dans les jours qui viennent, sans qu'une date précise ne soit confirmée à ce stade. Cette nouvelle feuille de route couvrira un périmètre plus large que la seule question des hydrocarbures : elle abordera également la dimension géopolitique de l'Arctique, où la Russie, les États-Unis, le Canada et plusieurs pays nordiques affirment leurs intérêts stratégiques, ainsi que les questions de recherche scientifique, de pêche et de protection des populations autochtones. La révision de la politique arctique intervient dans un contexte international marqué par la militarisation croissante de la région et par l'intérêt croissant de puissances extérieures, notamment la Chine, pour ce que certains observateurs qualifient déjà de nouveau théâtre stratégique mondial.
Un test pour la crédibilité climatique européenne
Au-delà du seul dossier énergétique, la décision attendue constitue un véritable test pour la crédibilité de l'ambition climatique européenne. Maintenir le moratoire reviendrait à confirmer que les engagements de décarbonation priment sur les considérations de court terme liées à la sécurité d'approvisionnement, y compris dans une zone où les volumes potentiellement extractibles restent, selon les estimations disponibles, limitants par rapport à la consommation européenne totale. Y renoncer, même partiellement, donnerait un signal fort aux marchés et aux partenaires internationaux sur l'évolution réelle de la doctrine européenne en matière d'hydrocarbures.
Pour la Norvège, partenaire clé de l'Union européenne dans le domaine énergétique et premier fournisseur de gaz naturel du continent par le réseau de pipelines, l'enjeu est également économique. Le pays dispose d'une industrie offshore compétente et a ouvert, ces dernières années, plusieurs nouveaux champs en mer de Barents, malgré les réticences exprimées par les organisations environnementales. Une révision de la position européenne offrirait un signal politique favorable à la coopération industrielle entre Oslo et Bruxelles, dans un contexte où les deux parties ont intérêt à renforcer leur interdépendance énergétique.
Pour l'heure, la Commission reste discrète sur le calendrier exact de publication de sa stratégie et sur la teneur précise des arbitrages retenus. Les observateurs attendent de connaître le sort réservé au moratoire de 2021, qui constitue le point le plus saillant — et le plus politiquement sensible — de cette révision. D'ici là, les capitales européennes continuent de recevoir, en bilatéral, les arguments des différentes parties prenantes, qu'il s'agisse des ONG environnementales, des compagnies pétrolières, de l'AIE ou des États directement riverains de l'Arctique. La décision finale, attendue dans les prochains jours, devrait selon toute vraisemblance faire l'objet d'une communication officielle détaillée, accompagnée d'une évaluation d'impact que la Commission s'est engagée à produire dans ce type de dossier sensible, sans qu'aucun calendrier précis n'ait toutefois été confirmé à ce stade par les institutions européennes.
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